Le partenariat entre soignants et vieilles personnes à domicile : du contrat aux petits arrangements

Conférence 12h_14h

Annick ANCHISI, sociologue, Haute Ecole de Santé Vaud, Lausanne
Discutant : Guy LEBEER, sociologue, METICES, ULB

Être partenaires dans une relation de soins exige que l’on anticipe, ne serait-ce pour se mettre d’accord sur les contours du contrat qui lie soignants et clients, terme d’usage. Dans les services de soins à domicile analysés par Annick Anchisi dans le cadre d’une recherche sociologique qualitative, un projet de soins est établi et contractualisé entre soignants et clients sur la base d’une évaluation des ressources et besoins de ce dernier. Sur fond de rapports dits égalitaires et négociés avec le client, le projet vise, in fine, à une gestion efficiente des situations. Pour les soignants, il est conçu comme un outil essentiel dans l’agencement des procédures et dans le bon déroulement des prestations octroyées. Il leur permet également d’évaluer leur action à plus ou moins long terme. Il sert aussi de base au remboursement des prestations par les assurances maladie. Pour les clients, l’ajustement au projet est un réel travail. Plus ou moins sommés de répondre aux attentes qu’ils ont eux-mêmes contribué à formuler, ils savent que leur marge de manœuvre est faible. Dans un premier temps, ils approuvent le projet de soins, ce qui leur permet de s’amender aux yeux des soignants. Dans un second temps, les clients le réinterprètent : leur ostensible participation sert alors d’autres desseins, souvent plus personnels et moins conformes aux attentes des soignants. Le potentiel de « négociation » du projet de soins trouve néanmoins sa limite chez celui qui n’a pas, ou plus, les moyens d’en comprendre les enjeux ni de s’en déjouer. Dans une perspective plus critique, la notion de projet cristallise et révèle bien les changements plus globaux à l’œuvre dans la gestion de la dépendance : à savoir une tendance vers la marchandisation des services d’aide à domicile. Dans ce contexte, la notion de projet fait parfaitement écho à la double injonction qui caractérise la mission des services de maintien à domicile des personnes âgées : améliorer la qualité de vie en respectant l’autonomie des clients tout en limitant les coûts.

Lieu de la conférence : institut de sociologie de l’ULB

Pour en savoir + http://cdcs.ulb.ac.be/